Le super gangster avait aussi un cœur, même si au moment de sa mort tragique et prématurée il n'avait plus qu'un poumon. Tupac est un rapper de légende dont la saga est tellement cinématographique que l'on s'étonne de ne pas encore l'avoir vue reconstituée sur grand écran, avec Denzel Washington dans le rôle du rapper en colère. Tellement larger than life qu'on en oublierait presque qu'en plus d'avoir contribué à la rubrique faits divers des journaux à scandale, il a également sorti des disques. Et quels : le plus complet est bien sûr ce double CD « All Eyes On Me », son testament derrière lequel on distingue l'ombre terrifiante de son gangster et parrain, Marion Surge Knight, initiateur de ce projet fou.
27 titres, des duos avec Snoop, Dr Dre, Roger "Zapp" Troutman en guest sur le tube cramé « California Love », un coup bas pour Notorious BIG l'ancien ami devenu ennemi juré (« Wonda Why They Call You Bitch », dans lequel il affirme avoir baisé Faith, le femme de Biggie) et du talent qui éclabousse les enceintes à chaque écoute. On dirait que Tupac ne fait pas d'efforts, ce qui est un compliment : comment ce fils de Panthère Noire né en prison a-t-il fait pour plier un double CD de cette qualité en quelques mois à peine ? Le mystère dormira dans sa tombe et il faudra se contenter de réécouter le résultat : des mélodies, du G funk calibré et de quoi plaire à tous sans risquer de passer pour un vendu. Un Noir parle aux Noirs, et les Blancs seraient bien avisés de l'entendre. La Tupacapocalypse a déjà commencé. Dans dix ans, on réécoutera « All Eyes On Me » en se disant que ce rapper-là était unique.
Mort à 25 ans, sanctifié par les ventes de son vivant, 2Pac a pour l'instant échappé au syndrome Lady Di, à savoir l'oubli post mortem. Se replonger dans les méandres rythmiques de « How Do U Want It » ou « 2 Of Amerikaz Most Wanted » (avec Snoop) est un devoir de mémoire qui reste un kif suprême.
Orlus Carton