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AKOSH S.

 
AKOSH S.
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Sa biographie

L'HISTOIRE D'UN HOMME ÉPRIS DE LIBERTÉ
"Akosh Szelevenyi est la meilleure chose qui soit arrivée au jazz français - et par extension européen - depuis douze ans, date de son installation (alors clandestine ) dans la capitale." C'est ainsi que le journaliste Serge Loupien, dans le quotidien Libération (5 octobre 1998), présente le souffleur multianchiste Akosh S.
Son histoire est celle d'un homme épris de liberté. L'histoire d'un citoyen du monde qui n'a jamais prêté foi aux discours dominants et officiels ni accordé le moindre crédit aux dogmes, quels qu'ils soient.
Le 19 février 1966, bien avant que s'ouvre le rideau de fer - ce sera en septembre 1989 - et dix ans après la répression sanglante des chars soviétiques jetés dans les rues de Budapest - c'était en novembre 1956 -, Akosh Szelevenyi naît à Debrecen, en Hongrie.
Dans la capitale magyare, à l'âge de 6 ans, il entame des études musicales classiques, choisissant pour s'exprimer la famille des anches : flûtes à bec, clarinette, basson... et, à 16 ans, le saxophone. S'ensuit l'inscription à la section Jazz de l'Académie de Budapest. Beaucoup trop étroit pour les grandes oreilles du jeune homme qui, en catimini, se prend de passion pour les cris de joie, de passion, de haine et de douleur lancés par John Coltrane, Ornette Coleman, Albert Ayler, Dewey Redman, Archie Shepp, Pharoah Sanders, Don Cherry, Charlie Haden et son Liberation Music Orchestra, Led Zeppelin, Frank Zappa... Ces sons nouveaux venus d'outre-Atlantique sont pour lui une véritab1e révélation ! Akosh déserte les cours de l'Académie. Il veut créer sa propre musique, l'a déjà en tête, dans les tripes, dans le c¿ur : elle doit sortir !
En 1986, il franchit le rideau de fer et atterrit à Paris. SDF ("se retrouver sans papiers, dit-il alors, c'est bon pour la tête"), sans le sou, il bricole ci et là, rencontre Michel Graillier, Steve Grossman, Steve Potts, Steve Lacy et, fin 1991, finit par monter un premier groupe avec Michèle Véronique (violon), Bernard Malandain (contrebasse) et Philippe Foch (percussion). Son premier album, Pannonia (EMP, 1992), donne le ton, ainsi décrit par Thierry Jousse dans les Inrockuptibles : "Une sublime ambivalence qui le voit ancré dans les profondeurs de la terre tout en étant irrésistiblement attiré par l'appel des cieux."
Le disque se taille un joli succès dans le cercle des amateurs de musiques déviantes ou dérangeantés. S'enchaînent un passage au 6e festival Jazz en Limousin, la création et la présentation, à Avignon, d'On a marché sur la ferre, pièce donnée par la compagnie de l'Entreprise. L'année suivante, Akosh réalise un vieux rêve : il se produit sur scène aux côtés du saxopljoniste Dewey Redman. Ensuite, ce seront les prestations au Passage du Nord-Ouest, les concerts dans les prisons, une tournée en Hongrie, des créations pour l'Ecole Nationale des Arts du Cirque ou la compagnie Mauvais Esprit et, en 1994, la parution du deuxième enregistrement, Asife, en trio.
Puis un Irlandais arrive en la personne du multi-instrumentiste Joe Doherty (ex-Sorts of the Desert), qui joue aussi bien du violon que des saxes soprano, alto et baryton, des clarinettes et flûtes, du piano, etc. La musique du groupe s'épaissit, prend de l'ampleur.

UNE MUSIQUE "SANGUINE ET SENSUELLE", FLAMBOYANTE ET SURCHAUFFÉE
A partir de 1996, le quartet "s'installe" dans les bistros parisiens, lieux d'intimité, chargés de saines vibrations, où l'échange entre public et musiciens atteint pus d'une fois l'osmose : la Guinguette pirate et, surtout, l'Atmosphère. Soir après soir, il y développe de nouvelles idées, de nouvelles directions, devant un auditoire fidèle et converti aux tombereaux d'énergie brute déversés par les quatre garçons.
1996 est aussi l'année d'une rencontre décisive, celle de Bernard Cantat, chanteur du groupe Noir Désir. Celui-ci entend Akosh à l'Atmosphère. Les deux hommes se lient d'amitié. Le saxophoniste intervient dans l'album 666.667 Club album de Noir Désir et son quartet fait la première partie du groupe rock au cours d'une longue tournée à travers la France. Magnifique performance que celle de cet ensemble de jazz totalement libre applaudi par des centaines de jeunes gens venus entendre au départ... du rock.
L'hiver 1997-1998 annonce un nouveau départ. Cela commence avec la parution, sous étiquette Barclay, de deux albums. Le premier, Omeko, sessions "live" saisies en première partie de Noir Désir tout au long de 1996, offre une musique "sanguine et sensuelle" flamboyante et surchauffée, cent pour cent vivante. Imafa, le second, gravé en studio en 1997, déroule une longue suite où alternent climats - de l'immobilité et du murmure à la transe et au cri -, couleurs, rythmes et modes. Au quartet de base s'ajoutent Bob Coke, coproducteur du deuxième CD de Ben Harper et polyinstrumentiste globe-trotter (guitare, sarod, conque, percussions, tabla...) et Bernard Cantat. Un immédiat succès d'estime. La presse consacre d'importants articles à Akosh, tous aussi enthousiastes les uns que les autres. Pleines et double pages dans Libération, Le Monde, Nova, L'Humanité, Le Nouvel Observateur, les Inrockuptibles, Jazzman, Jazz Magazine, Vibrations, etc. Chose rare pour un musicien jusqu'alors pratiquement inconnu - à plus forte raison s'agissant d'un "jazzman" (ou apparenté) qui a choisi de s'exprimer dans une veine libertaire.
Ensuite, ce seront les concerts du Blanc Mesnil (le 2 avril, dans le cadre du festival Banlieues bleues) et des Bouffes du Nord (octobre, devant une salle en transe qui, après deux heures trente de musique, en redemande haut et fort !). Evénements qui asseoient la notoriété d'Akosh auprès d'un public qui n'attendait que cela : l'émotion brute, la vraie, qui décoiffe, réchauffe et donne à rêver, à s'évader, à s'envoler...
Troisième signature pour Barclay : Eletter, enregistré en studio en septembre 1998. Où l'on retrouve le groupe de base : Doherty, Matandain, Foch, plus Bernard Cantat (chants) plaintes, cris, incantations tibétaines), Bob Coke (tablas), auxquels se joignent Alexandre Authelain (clarinette basse), Papa Dieye (percussions, djembé, tabla) et deux compatriotes d'Akosh, le contrebassiste Robert Benko (du groupe Dresch) et le violoniste Peter Eri, soliste vedette de l'ensemble Muzzikas.
Une ¿uvre tour à tour brumeuse, mélancolique, illuminée, qui vagabonde d'hymnes crépusculaires en mélodies épicées. Structurée, écrite, équilibrée. Baignée d'effluves du monde entier : sonorités d'Asie centrale et de Sibérie, cornes himalayennes, mélopées tziganes, mazurkas hongroises, tambours, d'Afrique, percussion indienne... Des thèmes baptisés "Sur les terres", "Existence", "Source", "Ame", "Respiration" et "Déferlement"... Tout un programme.
La quête d'Akosh est vive et brûlante, son art un véritable jeyser. Sans la moindre concession aux canons en vogue, et pourtant plus moderne que la modernité, plus en avant que l'avant-garde.
Et puis, dernier détail, sa musique est acoustique. Au jour d'aujourd'hui, une gageure. Et pour son géniteur, un principe de base ne souffrant aucune transgression : "J'aime ce qui est vrai. Il existe des quantités de sons incroyables et d'instruments merveilleux sur terre, à l'état naturel. Pourquoi s'encombrer de programmateurs, d'amplis et de fils...? Pourquoi un synthétiseur quand il existe déjà un piano ? Qu'est-ce que ce dieu détrôné ?"