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Son actualité
28.10.08 — Grand Corps Malade récompensé outre-Atlantique
Après avoir fait connaître le slam au grand public avec ses deux albums Midi 20 et Enfant de la ville, Grand Corps Malade est en train de faire les beaux jours de la poésie et du slam outre-Atlantique.
Hier soir, lundi 27 octobre, lors de L’Autre Gala de L’ASDIQ, l’équivalent de nos Victoires de la Musique au Québec, Grand Corps Malade a reçu le prix de l’Artiste de la Francophonie s'étant le plus illustré au Québec. Dans cette catégorie, Fabien était en compétition aux côtés d'Alain Bashung, Francis Cabrel, La Compagnie Créole et Zachary Richard.
Un coffret en édition collector avec l’album, 2 titres inédits et 1 DVD sera disponible dès le 1er décembre prochain et Grand Corps Malade, actuellement en tournée dans toute la France, sera sur la scène de L’Olympia du 15 au 17 janvier 2009.
Sa biographie
GRAND CORPS MALADE… Un nom hors norme, pour un garçon qui l’est tout autant. Trois mots qui synthétisent tout l’art de ce poète du bitume. Trois mots qui interpellent, comme ce personnage à trois pattes. Grand Corps Malade. Puissance, fragilité, et beaucoup d’humanité. « Solide comme de la brique, fragile comme du cristal » vous dirait Fabien.
Il a grandi et vit toujours à Saint-Denis, en banlieue parisienne. La musique l’initie au verbe, sous le feu croisé de la rue avec le rap (le premier album de NTM, Saint Denis oblige), et du foyer familial avec la chanson française (Brassens, Barbara et surtout Renaud). L’adolescent prend ainsi goût aux gens qui racontent des histoires. Il en écrit quelques-unes aussi. Par jeu, pour lui, « pour mon placard », comme il dit.
15 jours avant ses 20 ans, sa vie bascule une première fois. Un mauvais plongeon dans une piscine le laisse partiellement tétraplégique.
De retour chez lui après une longue période de rééducation, la vie de Fabien bascule alors une deuxième fois, mais plutôt du bon côté: il découvre à deux pas de chez lui le Café Culturel de Saint-Denis, l’un des premiers lieux à donner une tribune au slam. Le coup de cœur est immédiat.
Né à Chicago vers 1984, le slam entre en douce dans l’Hexagone dans les années 90 par la porte des bistrots. La seule règle à peu près officielle (hormis qu’il n’y en a pas vraiment) est que le texte ne doit pas être accompagné de musique ou d’artifice, ne pas excéder trois minutes, et que tout le monde peut s’inscrire. Le slam, c’est la poésie démocratisée. Une grande mixité de textes et de personnages. C’est un pied de nez au carcan de la Pléiade, comme Fabien nous l’explique dans Rencontres.
J’ai rencontré la poésie, elle avait un air bien prétentieux (…)
Je lui ai dit : je t’ai déjà croisé et franchement tu vaux pas le coup
On m’a parlé de toi à l’école, et t’avais l’air vraiment relou.
Mais la poésie a insisté et m’a rattrapé sous d’autres formes
J’ai compris qu’elle était cool et qu’on pouvait braver ses normes
Même s’ils ont en commun d’être né d’une réaction en provenance de la rue, essayer de réduire le slam à du rap sans note, c’est limiter le football aux penalties. Doté d’une immense richesse de styles et d’une grande liberté de ton, le slam n’a par essence pas de frontières. C’est un mouvement, mais plus sûrement un moment. « Un moment d’écoute, de tolérance et de partage. Le Slam, c’est une bouche qui donne et des oreilles qui prennent », résume souvent Fabien.
La vie du jeune homme s’illumine : Voilà de la poésie concrète, sublimant le quotidien, où, protégé par la rime, on peut étaler sans honte états d’âme et tranches de vie. Il se lance à son tour, un soir de 2003 dans un café africain de la Place Clichy. Il scande Cassiopée, son premier texte, qui fait allusion à son « grand corps malade ». Par tradition (tous les slammeurs se doivent d’avoir un nom de guerre), et surtout par dérision envers son pas clopinant, Fabien devient donc Grand Corps Malade.
Il commence à fréquenter assidûment les micros des scènes slam. Sa réputation enfle, au fur et à mesure des tournois qu’il gagne, et entre bientôt dans le noyau dur des slammeurs qui comptent.
Mais son activisme ne s’exprime pas seulement derrière un micro. Il devient d’abord en 2004 animateur de la scène slam du Café Culturel, à St Denis, et crée les soirées Slam Aleikoum avec son pote d’enfance et compagnon de rime John Pucc’Chocolat.
Puis il monte sa propre asso et crée, Flow d’encre, pour ses ateliers d’écriture (et sa grande passion), à la MJC St Denis ou à la Maison des ados Bobigny. Car Grand Corps Malade n’oublie pas que le slam se partage.
Après avoir participé à plusieurs spectacles « un peu plus structurés » ou de nombreux festivals, Fabien fait deux rencontres majeures.
S Petit Nico, un slammeur mais surtout musicien, qui lui propose de mettre ses textes en musique. Un pari novateur dans l’antre de l’acapella, mais qui séduit Grand Corps Malade.
Puis sa route croise celle de Jean Rachid, comédien-humouriste, et plus récemment producteur.
Le trio s’organise et le succès d’estime ne cesse de croître. A croire que le chiffre trois soit incontournable pour Grand Corps Malade. Quelques dates au Réservoir à Paris lui permettent de séduire encore. Notamment Edouard Baer, qui le fera jouer plus tard dans son music hall foutraque, La folle et véritable vie de Luigi Prizzoti. Mais aussi Eric et Ramzy, qui l’embarquent directement chez Thierry Ardisson. Sa prestation simple et magnétique marquera les esprits.
Puis c’est la signature chez AZ. Pour la première fois, le slam entre par la grande porte dans une major. Pour la première fois, Grand Corps Malade va capturer son art sur un disque.
L’enregistrement se déroule aux studios de la Grande Armée à Paris avec S Petit Nico, sans oublier les amis de toujours : John Pucc’Chocolat vient croiser la rime sur l’optimiste et autobiographique (comme souvent) Ca peut chémar, Rouda est là aussi, sur Parole du Bout du Monde, lui, le pionnier qui fit découvrir le slam à Fabien.
Désespérément positif, et d’une sincérité troublante, Grand Corps Malade met des mots sur ses maux, avec la voix profonde et envoûtante d’un griot africain. En faisant ainsi défiler la bande-son de sa vie, il transforme chaque expérience personnelle en vérité universelle.
Les voyages en train en sont un exemple passionnant, et l’une des plus flamboyante métaphore sur l’Amour qu’on ait croisé depuis des lustres.
On y retrouve la force de Grand Corps Malade, cette capacité à faire cohabiter harmonieusement un humour incisif avec une mélancolie jamais misérabiliste, rendant l’instant unique et poignant.
La musique sur le disque a su se faire discrète. Elle ne dévore jamais le texte, berceau soyeux donnant simplement plus de densité au verbe. Ou n’être plus qu’une ambiance, comme sur le déjà mythique Saint-Denis, ode à la ville qui l’a vue grandir, baignée des vrais sons de la ville. Un signe d’authenticité aussi futile que nécessaire. Car chez Grand Corps Malade, on ne triche pas.
D’ailleurs, le disque s’appelle Midi 20. Car l’album résume, comme le morceau, la vie de Grand Corps Malade, tout en regardant droit devant. « La matinée a été mouvementée, mais on démarre une nouvelle histoire, et j’ai encore tout l’après-midi pour faire des trucs importants », explique simplement Fabien.
Voyage introspectif à l’optimisme sans borne, voilà un disque qui, espérons-le, pourrait ouvrir les cœurs en grand, et des portes au slam. Après tout, « Le Monde appartient à ceux qui rêvent trop… »