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JIMMY PAGE AND ROBERT PLANT
REVIGORER LE PASSÉ
Comment faire suite à un tremblement de terre ? En provoquant un séisme encore plus grand. Et ensuite, comment faire suite à cela. Avec un autre tremblement de terre encore plus impressionnant. Demandez donc à Jimmy Page et Robert Plant ce qu'ils en pensent.
Lorsque Jimmy Page et Robert Plant se sont réunis en 1994 pour leur premier projet commun d'envergure depuis la séparation de Led Zeppelin intervenue en 1980 après douze ans d'existence, cela n'avait pas pour vocation d'être une sorte de réunion de vieux combattants voulant évoquer le bon vieux temps, mais bien d'aboutir à une oeuvre musicale qui allait revigorer le passé et tracer le
chemin pour le futur.
1995 : UNE TOURNÉE MONDIALE
Non seulement leur vision ne s'était pas réduite mais l'horizon qui s'offrait devant eux, pour ne parler que de cela, s'est élargi à travers les années. Débutant par une émission spéciale en public de MTV intitulée "Unledded", ce qui n'aurait pu être qu'une simple tentative pour recommencer une nouvelle collaboration est devenu un véritable triomphe qui a fait l'objet d'une vidéo et d'un album, No Quarter.
Des morceaux de Led Zeppelin tels que "Gallows Pole" et "Kashmir", dont les versions originales enregistrées en studio semblaient jusqu'à présent définitives, furent réarrangées de manière ahurissante afin de présenter un nouveau visage passionnant, tandis que quatre nouvelles chansons inspirées de rythmes africains faisaient leur apparition.
Après une tournée mondiale de folie (la plus populaire de l'année 1995 en Amérique), Page et Plant cimentèrent leurs retrouvailles en retournant en studio. Ce qui en ressortira ce printemps est, leur premier projet commun composé de morceaux entièrement originaux depuis 1979, date de la sortie de In Through The Out Door, le dernier album de Led Zeppelin.
Cela dit, cette réunion n'était pas un projet dont la mise en place semblait inévitable. Robert Plant se souvient de leurs première approches au cours de l'année 1994, lorsque tous les deux voulaient savoir s'ils étaient toujours en mesure de faire des étincelles musicales sans pour autant se détruire personnellement : « nous devions décider dans quel état d'esprit nous pouvions le faire.
II y avait tout un tas de choses qui traînaient entre nous, la plupart provenant de mon refus catégorique de ne pas m'engager dans un projet qui sonne comme le retour de Led Zeppelin. Le jeu de guitare de Jimmy me manquait tellement qu'aussitôt que nous avons commencé à travailler, je me suis aperçu combien j'avais perdu de temps jusqu'à lors.
J'ai compris que nous devions tout mettre à plat et c'est ainsi que j'ai clarifié mon attitude vis-à-vis du futur.
UN PROJET POSITIF
Quand on s'est mis à travailler dans cette vieille chambre située sur King's Cross, les choses sont devenues de nouveau pétillantes, mais il a fallu traverser pas mai de merde ça et là pour que l'on réalise en plein milieu de notre tournée mondiale ce qui était vraiment en train de se passer et que si nous voulions nous apprécier musicalement l'un et l'autre, nous devions sérieusement nous retrousser les manches pour nous plonger complètement dans ce projet.
J'ai vu tant d'artistes du passé se retrouver le temps d'un projet pour un résultat final qui semblait si convenu, presque comme s'il s'agissait seulement pour eux d'un prétexte pour quitter leurs domiciles. Ce que nous voulions faire se devait donc d'être très positif, et plein de bonnes intentions.»
La meilleure preuve en. a été apportée par cette tournée mondiale pour laquelle Page et Plant se sont engagés avec le soutien d'une logistique prodigieuse et des ambitions esthétiques Pour le morceau "Kashmir", le groupe des cinq musiciens de base, à savoir Page, Plant, le batteur Michael Lee, le bassiste Charlie Jones et l'organiste Ed Shearmur accompagnés de Nigel Eaton, un joueur d'orgue de Barbarie, étaient rejoints par un groupe de musiciens égyptiens de huit membres et même, certains soirs, par toute une section d'instruments à cordes. « C'était une véritable communauté, avec tous les hauts et les bas que peut connaître une communauté. Les gens de l'Extrême-Orient peuvent vraiment devenir sauvages !" se souvient Robert.
"Nous étions vraiment dans une sorte de petite caravane itinérante. Si ce projet avait prit la forme d'un groupe classique de quatre musiciens, nous ne serions probablement plus là aujourd'hui.
Nous avons vraiment du adapter nos personnalités et nos espoirs à cette créature que nous avions créée. Il n'y a eu aucun relâchement. Ce fut très excitant, comme un rêve devenant réalité, ce qu'aucun d'entre nous n'aurait pu créer sans l'autre.»
A en juger par les sommets triomphants de la tournée et par leurs tristes adieux, Jimmy et Robert étaient assez confiants dans la qualité renouvelée de leurs relations et très impatients de retourner en studio.
Inspirés également par leurs voyages à l'étranger (Jimmy dans la partie nord du Brésil, Robert le long de la route de la soie en Asie centrale), ils réunirent avec eux la section rythmique de leur groupe scénique, à savoir le batteur Michael Lee et le bassiste Charlie Jones et ils s'installèrent rien de moins qu'au studio Abbey Road, dont les murs avaient résonné à travers les années aux accents de certaines des plus belles fabuleuses musiques du monde.
C'est à ce stade qu'est entré en jeu un pion pour le moins inattendu et sauvage, le producteur Steve Albini. Connu pour son travail en compagnie de Nirvana, Polly Harvey, Rapeman et les Pixies, il rencontra le plus exigeant de ses collaborateurs en la personne de Jimmy Page, un homme connu pour savoir précisément ce qu'il veut lorsqu'il est en studio.
« Le plus grand problème avec un groupe qui. joue de manière organique c'est de trouver quelqu'un qui sache l'enregistrer'' explique Jimmy. "Steve Albini sait vraiment comment utiliser parfaitement les microphones et tout ce qui concerne les vieilles méthodes d'enregistrement.
De plus, il se sentait parfaitement à l'aise au sein des studios Abbey Road. Tout sonnait si bien.»
Ecoutez attentivement l'album et vous y découvrirez un spectre incroyablement vaste au niveau de son inspiration, depuis Santo & Johnny, jusqu'au style de guitare-surf de Dick Dale & The Ventures sur le morceau "Heart In Your Hand", en passant par "Please Read The Letter", un morceau qui sonne comme s'il était le fruit d'une rencontre entre Roy Orbison et Jerry Garcia.
Plus généralement, durant la création de Walking into Clarksdal, Jimmy et Robert ont chacun de leur côté fait constamment référence à ceux qui leur avaient procuré des plaisirs musicaux, comme par exemple celui de Transglobal Underground, le groupe de world-dance britannique, du groupe de percussions sikhs The Dhol Foundation, de la chanteuse anglo-arabe Natasha Atlas et du regretté et pauvre Jeff Buckley, à qui Jimmy et Robert avaient rendu visite afin de lui exprimer leur admiration au cours de l'année qui avait précédé sa mort.
Mais par-dessus tout Jimmy et Robert, qui avaient uni leurs destinées musicales pour la première fois il y a 30 ans car ils partageaient le même enthousiasme pour Joan Baez et Howlin' Wolf, restent de véritables fans de blues.
Quel sera maintenant la prochaine étape ? Probablement celle de suivre le chemin où va les emmener leur musique. Particulièrement fiers de leurs albums, Page et Plant ont toujours considéré la musique qui se créait en studio d'enregistrement comme un point de départ d'un voyage musical et non comme une fin en soi. Comme le dit Jimmy,
« tout au long de l'histoire de Led Zeppelin, dès qu'une chanson apparaissait dans notre répertoire scénique, ce n'était que le début de l'histoire. Elle avait alors de fortes chances d'évoluer, et c'est précisément ce que je suis impatient de voir avec ces récentes compositions. Sur scène, nous allons jouer certains titres du répertoire de Led Zeppelin mais également une bonne partie des morceaux de Walking into Clarksdale.
C'est vraiment ce que je trouve très excitant à propos d'une tournée, à savoir de constater de quelle manière les chansons évoluent en partant de leur état embryonnaire qui est celui de la version que l'on trouve sur le disque. C'est là toute la beauté de la chose. » Et cette magnifique évolution commence précisément là. Que la musique soit !
