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JOSÉ PADILLA
José Padilla raconte de longues histoires. En fait, tout ce qui concerne ce conteur originaire d'Ibiza s'inscrit dans un long cheminement. Même son ascension jusqu'aux échelons les plus élevés de la gloire DJ s'est faite sans aucun raccourci. Mais il s'agit là de l'histoire d'une personne très spéciale, qui a aidé à changer la face du monde de la nuit avec une compréhension dont la matérialisation peut se manifester sur n'importe quel tempo, plus particulièrement quand elle est accompagnée par de longs couchers de soleil et de longues nuits.
De nombreuses années de travail ont précédé l'installation de José en qualité de disc jockey résidant du désormais célèbre bar Café Del Mar de la ville de San Antonio, et c'est quelques lunes plus tard qu'est arrivée dans les magasins, en 1993, sa première compilation Café Del Mar. Ayant d'ores et déjà proposé quatre volumes au cours des années 90 (et se préparant pour un cinquième), des titres tels que "Place de la Concorde" de Fila Brazilia et "Sun Shines Better" de John Martyn que l'on retrouvaient sur le Volume 4 furent de parfaits exemples du talent mystérieux de José pour résumer les vibrations de cette île paradisiaque où le soleil couchant enflamme l'horizon. Ces compilations continuent de fournir au public du monde entier un plaisir continu grâce à leur réalité sonore virtuelle pétrie de soleil, de mer et d'une certaine spiritualité. C'est précisément ce que José a réussi à faire avec Souvenir, son album solo paru sur le label Manifesto. Pour cela, il s'est servi de tout ce qu'il a apprit au cours des quatre années passées à façonner des ébauches de morceaux au Danemark avec Phil Mison et Stephane Anderson en sa qualité de membre du groupe MAP, y ajoutant sa propre touche d'influences musicales de qualité. Mais la réalisation du projet ne s'est pas déroulée sans anicroches. José se souvient : « Ce fut vraiment stressant. C'est comme si quelqu'un m'avait jeté un sort en disant, "nous ne voulons pas que ce projet se réalise". »
Mais cela s'est produit. Et maintenant, José est fier d'offrir un album fait de cartes postales musicales représentant, suivant ses propres mots, « ...l'histoire de ma vie. »
« Enfin pas toute ma vie... mais j'aime différents types de musique, de la bossa nova jusqu'au rock.
C'est effectivement difficile d'éviter la connection avec Ibiza. Après tout, cela a été son lieu de vie durant 22 ans.
Né près de Barcelone en 1955, José n'est pas issu d'une famille de musiciens, même si son grand-père était un guitariste de flamenco. Cependant, il y avait toujours de la musique dans la maison des Padilla que ce soit à travers la radio ou par l'intermédiaire du tourne-disques des années cinquante et de la collection discographique de son frère qui consistait de disques d'Elvis et autres perles du rock'n'roll.
Plus tard, au cours des années 70, en se plongeant dans Led Zeppelin et le glamour rock, José commença à développer un certain goût pour les expérimentations, et pas seulement avec le look de drag queen à la Barbara Cartland qui était le principal uniforme de la scène d'alors.
Il confesse: « J'ai porté un maquillage pourpre et doré. Si vous regardez la pochette de l'album, vous verrez ma collection de vieilles photos : quand j'étais un rocker, un Nouveau Romantique et un hippie en même temps que de nouvelles photos de mon chien et de ma maison. J'étais cinglé à l'époque car chaque semaine j'adoptais ces looks différents. Aujourd'hui, je me suis vraiment calmé. »
Sa véritable Epiphanie musicale est arrivée avec la découverte de la Tamla Motown. Il rayonne :
« Quand j'ai découvert la Tamla Motown et les disques des Supremes, de Marvin Gaye et de Stevie Wonder, quelque chose a changé en moi. Cela m'a amené vers une autre dimension. » Son premier voyage en dehors de la maison familiale le transporta jusqu'à la Costa Brava. Là, il contempla les disc jockeys en plein travail se rappelant qu'il se disait alors : « J'aime ce qu'ils font. »
Malheureusement, c'est la mort de son père, alors qu'il avait 18 ans, qui le poussa à prendre le premier bateau disponible pour quitter l'Espagne et à transplanter sa vie vers les sables inexplorés de l'île d'Ibiza. Une fois sur la terre ferme, José a atterri au club Es Paradis où il est devenu disc jockey résident. Il se souvient: « Cet endroit était en fait comme tous les autres sauf qu'il n'avait pas de toit. Au cours de la nuit, nous programmions différents styles de musique, de la salsa, du funk, de la soul, du rock, glissant vers Abba et Frank Sinatra avant de passer "Good Times" de Chic ou du Hot Chocolate. De cette façon, l'endroit prenait une nouvelle ampleur. »
Quand les premiers disques de house sont arrivés en 1986/1988 et qu'Ibiza a vu déferler la génération des « mains en l'air », José s'est familiarisé avec la scène house à travers les pistes de danse, se rappelant que les disc jockeys ont permit le succès de cette nouvelle musique dans ce milieu dorénavant vibrant.
Le début des années 90 virent José prendre un rapide congé sabbatique de son métier de disc jockey mais sa destinée changea lorsqu'il devint le disc jockey résident du Café Del Mar. C'est là qu'il perfectionna son style personnel de DJ à la mode des Baléares. Il atteste que « le style des Baléares est bien plus varié que le simple fait d'avoir un morceau avec une guitare espagnole. C'est bien plus un mode de vie et une façon de passer des disques de telle sorte qu'on puisse mixer du Santana avec un morceau house. » José réitère à nouveau l'idée selon laquelle son album solo ne représente pas seulement cet esprit des Baléares et d'Ibiza. Il dit : « C'est juste moi... tout provient des différentes périodes qui ont influencé ma vie, comme lorsque je vivais dans un appartement sombre en me nourrissant de toasts aux haricots. Cela n'évoque pas seulement Ibiza. Tu te dois de refléter la façon dont tu vis. »
Tout en gardant un cynisme sain et lucide sur le monde des boîtes touristiques d'Ibiza, José reste enthousiaste au sujet de tout un tas de musiques modernes et plus particulièrement celles du label Wave de François Kervorkian. Comme il le dit, « je pense que cette musique est maintenant géniale... la scène underground est aujourd'hui en très bonne santé. »
Avec la contribution de José, la scène underground semble prête à expérimenter un nouveau visage méditerranéen poussé par un type de musique qui rappelle beaucoup plus que les jours d'été passés à regarder le coucher du soleil.
