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RACHID TAHA
RACHID TAHA
De ses obscures "traboules" lyonnaises aux clubs techno-swinguants de Londres, de son Orient si orienté à Paris ville lumière, depuis les rugissantes années 80, il nous fait voyager de ses métissages nomades.
D'abord avec son groupe emblématique : Carte de Séjour, puis en solo, Rachid Taha a toujours dopé à l'insoumission le moteur explosif de ses fusions successives: du reggae/rock/raï des débuts pionniers de Carte de séjour en passant par le funk arabo/gaulois, les séquences ethniques épurées jusqu'aux arabesques électro rock de Made in Medina, son dernier album.
Contre vents et marées médiatique, le jeune "rockbeur" n'a jamais renié ses convictions, la provoc et la controverse là où tant d'autres sacrifient leurs idéaux.
Mais depuis ses débuts en 82 Rachid, l'Aladin caméléon du groove rock hexagonal, ne nous en a t'il pas toujours fait voir de toutes les couleurs ?
1. Carte de Séjour : Les débuts (80-83)
Au tournant des 80's, pour le défunt magazine Actuel dans sa quête inlassable de modernité, la journaliste Elisabeth D "découvre" Rachid et sa bande de copains. Sous les toits de la mansarde de la Croix-Rousse, où ils répètent, les Carte de Séjour inventent avec la plus totale naïveté l'un des futurs du rock et de la world-music. Djamel Dif à la batterie, Mokhtar Amini à la basse, son frère Mohamed à la guitare rythmique, Eric Vaquer à la lead et Rachid Taha au chant, jeune bombe d'énergie et de sensualité : ni algérien, ni français et pourtant les deux à la fois, pour la toute première fois peut être, la "seconde génération", les "rhorhos", comme on disait alors, vont faire entendre leur voix.
Débarqué d'Algérie à l'age de dix ans, Rachid déjà rebelle enchaînera longtemps la banlieue et les galères de petits boulots avant d'exprimer à travers la musique tout le potentiel de sa propre double culture.
Déjà, "Zoubida", l'histoire de cette beurette en quête d'égalité sexuelle et sociale, dans son cocktail reggae/rock after-punk directement inspiré de Police, injecte l'élément oriental qui fera toute son originalité.
Comme "La moda" raillait par la dérision le racisme à l'entrée des clubs et l'oubli de l'identité algérienne des jeunes beurs peroxydés qui n'écoutaient à l'époque que du disco.
Le premier maxi 4 titres est publié en 82 sur le label local indépendant Mosquito de Bernard Meyet, et le défunt mensuel Best peut à juste titre se demander dans son emblématique rubrique "Le rock d'ici ! " si, en fin de compte, "les beurs ne seraient pas nos rastas à nous ?". Inversement Carte de Séjour déchaîne la polémique.
Premiers passages radio, premiers camouflets aussi. Combien de soi-disant radios libres ont refusé de passer le disque sous prétexte que Rachid chantait en arabe ? Combien de disquaires vont refuser le 4 titres car "ils n'ont pas la clientèle pour cela ?". Carte de Séjour pulvérisera pourtant les murs du ghetto à K7 de Barbès pour enfin investir les bacs des disquaires conventionnels.
"On ne fait pas du rock maghrébin, mais du rock Français", assène Rachid durant les (rares) interviews. Et c'est là qu'il invente sa fameuse métaphore de "la babouche devenue santiag", le gamin du bled devenu rocker ! D'ailleurs à l'heure des Starshooter, Dogs ou autres Trust, Carte de Séjour ne sonne-t-il pas largement plus francophile !
Première tournée hexagonale à l'automne : contre vents et marées Rachid et ses copains s'entassent façon Rock and Roll dans un mini van Renault pour sillonner l'hexagone. Jérôme Savy, le rocker rêveur, va remplacer Eric à la lead guitar.
Cette année là, Carte de Séjour qui devait assurer à Marseille la première partie de Téléphone sera...interdit de séjour par flip de violences raciales.
Pavé jeté dans la mare de Gaston Deferre, l'épisode leur inspirera le fameux "Bleu de Marseille" ! Sur scène pourtant, Rachid sait bouger comme personne, grooveur charmeur mutant entre Elvis façon pelvis et Rudolph Valentino dans "Le fils du cheikh". Pour revendiquer aussi sa culture, il va même animer "Rif" deux ans durant sur la populaire Radio Bellevue à Lyon, un programme où se mêlent tous les fastes de l'Orient.
2. Carte de Sejour : Rhorhomanie et Deux et demi (84-89)
Deux ans plus tard, le premier album Rhorhomanie (84) sort sur Mosquito. Enregistré au studio DB de Rennes, il marque la rencontre avec le producteur Steve Hillage. L'ex Gong, après avoir surfé avec succès sur la vague New Wave des Simple Minds et autres Gang Of Four, entraînera Carte de Séjour puis Rachid au c¿ur même de la sono mondiale, un son qui ressemble à s'y méprendre à ces ponts jetés sur le Bosphore entre l'Orient et l'Occident. Pour l'heure Rhorhomanie célèbre le "rhorhos", cette langue neuve de la seconde génération immigrée, née de l'arabe classique et du français.
Avec ses guitares à la INXS, le titre d'ouverture "Rhorhomanie" invente l'arabic funky. "Bleu de Marseille", plus de dix ans avant la "Planète Mars" d'IAM célèbre le beat bigarré de la cité phocéenne. Sur le thème "l'herbe est toujours plus verte de l'autre coté", Carte balance son irrésistible ska pop et guilleret. Premier succès, ce "Bleu" sera aussi celui de l'espérance face aux "réticences" des ex Radios libres -devenues FM- à programmer un groupe aussi peu "formaté".En 86, Carte de Séjour est à la veille de la sortie de son second album (enregistré lui aussi au studio DB de Rennes mais cette fois produit par l'anglais Nick Patrick), baptisé 2 1/2 (le premier Maxi comptant pour "1/2"), quand l'extrême droite distille hélas déjà trop largement ses thèmes ouvertement haineux. Rachid réagit en revendiquant son héritage français, né de son sang "colonisé" et de ce sol qui est sien depuis l'enfance.Il reprend comme un dû le "Douce France" de Trenet et en chantant "Il revient à ma mémoire des souvenirs familiers..." ce texte terroir prend soudain une dimension toute autre. Subjugué, Jack Lang alors Ministre de la Culture distribuera ce single symbole à tous les membres de l'Assemblée Nationale.Cette même année, Carte de Séjour s'imposera au Bus d'Acier 86, raflant ce légendaire prix du rock français.
Mais à la fin des 80's, le rock français est justement en crise. Les groupes s'atomisent et Carte n'y survivra pas, s'auto-détruisant après une ultime tournée en 89.
3. Barbès et Rachid Taha : Les premiers albums solos (90-94)
Rachid chanteur solo émerge en 1990 avec son premier album à l'intitulé clin d'¿il aux fameuses K7 : Barbès.
La chanson qui offre son titre au CD projette son symbole sur le speed bigarré de son riff aéro...arabic. A la fin des 90's, Tati investit la place Vendôme, preuve que décidément Taha anticipe largement le flux de la mode."Bled", sur la même galette, flirte avec l'acid-jazz tendance soul profonde des Brand New Heavies et d'Incognito. Rachid y pratique son métissage franco-arabe en talk-over, tandis que s'amorce son évolution vers la scène des clubs. Près de dix ans après leur précédente collaboration, Rachid et Steve Hillage se retrouvent sur la même longueur d'ondes cosmiques.
Steve a fondé System 7 et réalise des séquences pour The Orb. Rachid de son coté s'est totalement immergé dans cette nouvelle club culture.
Parallèlement en France, les années "Touche Pas À Mon Pote" sont révolues. En 93, le chômage et les fausses réponses aux vrais problèmes qu'offre la montée de l'intolérance lui inspirent "Voilà voilà...", sans doute son titre le plus engagé à ce jour. Arabo-techno-funk ultra vigoureux, au rythme militant entêtant qui fustige l'oubli, pulse sur les membranes des haut-parleurs comme le plus groovy des signaux d'alarme.
"...étranger tu es la cause de nos problèmes/ moi je croyais que c'était fini/mais non, mais non, ce n'était qu'un répit...", car sur la "Douce France", la haine raciale aveugle avance inexorablement. Ce single annonçait le second album sobrement intitulé Rachid Taha où l'on retrouvait "Indie" composée et chantée en duo avec Bruno Maman offrant un mélange culturel inédit : le Français, l'Arabe, mais aussi l'hindou et l'Anglais se fondent dans la transe, en espéranto débordant d'espoir.
Sur le même album, "Woulla" fait couler son irrésistible rocky funky beat tandis que "Malika" entraîne Rachid sur la piste sensuelle et énergétique de l'ambiant groove. Les séquences de Steve Hillage tracent leur cadence lancinante...voire hallucinante!
Mais le plus fracassant est bien cette 9ème plage "Ya rayah", sublime ballade arabo-andalouse,un classique de Dahmane El Harrachi, qui passe incognito...et qui sera quatre ans plus tard le "bon Djinn" de Rachid !
4. Olé olé et Carte Blanche (95-97)
En 82, dans la chanson de Carte de Séjour "La Moda" Taha tançait ces beurs qui se décoloraient les cheveux en se faisant appeler "Lucien", pour échapper à la sélection anti-faciès des videurs de boites.
Treize ans plus tard, un Rachid peroxydé, "aryanisé" blond comme les blés et aux yeux bleus/ lentilles de contact, s'affiche provoc sur la pochette de son 3éme album solo Olé Olé (1995).
Et dans la même veine que "Voilà Voilà", il lance "Non Non Non" une "protest-techno" où, sur la cadence emballée d'une techno fulgurante, il mitraille son ras-le-bol contre le chômage et l'inégalité, contre les fausses promesses affichées au fronton de nos édifices publics : quelle liberté ? Quelle égalité ? Quelle fraternité ?
Guitares acoustiques chaloupée et boites à rythmes. "Valencia", inspirée du roman "Le désert" de Le Clezio, a les couleurs pastelles de l'après acid-jazz british façon Galliano. Trip hop jungliste et surf music des 60's se retrouvent sur le titre clin d'¿il à Quentin Tarentino "Jungle Fiction" où une trompette mariachi percute le mur du son à plus de 150 BPM. Enfin, "Kelma" en percus syncopées fond le rock and roll façon Bo Diddley dans la "djill music" égyptienne.En 1997, pour la première fois, le bon génie de la lampe digitale réunit sur Carte blanche la première compilation des meilleurs titres de Carte de Séjour et de Rachid, en vision panoramique de l'excellent groove de Taha à travers le temps. D'ailleurs "Ya rayah", extrait de l'album de 93, ouvre de son bendir, de ses ouds, de ses violons, de ses derbukas cette "Carte Blanche" : premier single de la compile, tous les fastes de l'orient s'y retrouvent pour mieux nous alpaguer coté c¿ur comme dans ces films égyptiens où l'amour sera toujours la seule vedette. De la punkitude ethnique de "Zoubida" jusqu'au retour à la tradition de ses racines ancestrales avec "Ya rayah", la boucle est bouclée comme le passé peut se fondre dans le présent pour inventer le futur. "Ya rayah", bénéficiant d'un buzz exceptionnel, propulse la compile jusqu'aux sommets. Mais si les 20.000 premiers exemplaires de Carte Blanche sont dotés d'un second CD bonus de cinq remixes techno-infernaux dont l'inédit "Rhorhomanie", il ne faut décidément jamais rien présager de l'évolution de Taha. La preuve : après toutes ses explorations du son, Rachid semble revenir à ses racines arabes classiques. Et il a raison ! On a trop longtemps boudé les fastes de l'Orient. Et puis un beau jour, les "you yous" se sont naturellement intégrés au film de nos vies. Notre culture, sans doute, devait manquer de piment, oubliant que l'arabe savait être légendaire bien avant d'être épicier. Comme dans ces films technicolorés de l'après guerre, les chansons de Carte de Séjour, puis celles de Rachid Taha semblaient s'être inexorablement égarées au milieu d'un "no beur's land". Dans ce désert musical, les radios jugeaient son style hors format pour leurs programmes. En clair et en français, traduire par "trop arabe".
Mais Rachid, comme son lointain cousin "Aladin" savait que son génie sommeillait au fond de sa lampe et qu'un jour il finirait par s'éveiller.
5. Diwan et Un, Deux, Trois, Soleils (98-99)
Son quatrième album solo Diwan constitué de reprises traditionnelles de chansons orientales... s'ouvrira sur son titre fétiche : "Ya rayah"
Car depuis des années Rachid nourrissait ce projet d'enregistrer avec la technologie d'aujourd'hui une collection de chansons de son enfance : des comédies musicales égyptiennes au raï en passant par l'arabo-blues des gnawas marocains ou de la Kabylie.
En cherchant à retrouver ses racines, notre chanteur nous offre justement ce qui nous manquait le plus, un apport d'oxygène culturel vital sous peine d'asphyxie.Le succès flagrant, chez nous, des rythmes du Maghreb ne signifie pas pour autant la victoire totale de l'intolérance.
Aux States si tous les fans racistes de blues ou de soul avaient rendu leur cagoule, le KKK aurait déjà mis la clef sous la porte ! Mais ces musiques sont avant tout un prétexte à faire la fête dans l'ivresse épicée des chansons d'amour de son quatrième CD Diwan. Rachid, nous livre ainsi certaines clefs de son album : "Cet Orient là a toujours été présent, en filigranes dans ma musique. L'idée de base, c'est que je voulais reprendre les chansons orientales qui ont traversé ma vie. Les chansons égyptiennes, celles de mon enfance, celles de Nas El Ghiwan, un groupe marocain incendiaire qui auraient pu être les Rolling Stones du Maghreb, et aussi les chants du libanais prodigieux Farid El Atrache que j'aime d'amour. L'idée de base était aussi de réunir une sélection de rythmes différents, d'avoir des danses du sud en passant par Alger, Oran, le raï, le chaabi égyptien jusqu'aux gnawas avec Nas El Ghiwan..."
C'était un pari assez fou car tous ces vocalistes chantent à leur manière avec un accent différent à chaque fois. Sublime intermède, comme Lennon pouvait s'offrir une suite de ses reprises favorites avec "Rock And Roll". Après Diwan, Rachid retourne à ses expérimentations pour préparer un successeur à Olé Olé.En automne 98, le magazine Les Inrockuptibles fait sa "une" avec Rachid, Mami et Faudel. Khaled remplacera Mami dans le casting, mais l'idée germera, sous la direction musicale de Steve Hillage, d'une version des "Trois Ténors" façon "rebeu". Et Rachid, en compagnie de Faudel et de Khaled, offre ainsi le prodigieux concert "1, 2, 3 Soleil" dans un Palais Omnisport de Paris-Bercy plein à craquer....
Il est 23 h 37 ce samedi 26 septembre 1998. Faudel, Khaled et Rachid Taha descendent bras dessus bras dessous l'escalier qui mène à l'immense scène de Bercy.
Ils sont en nage. Arrivés en coulisse, ils s'étreignent.
Rachid dit tout haut ce que les autres pensent tout bas : "Ouf ! On y est arrivé... On peut se reposer."Pendant près de trois heures, seize mille blancs-beurs, dont une majorité de jeunes filles d'une altière beauté, viennent de célébrer, avec exaltation, le mariage de la musique arabe et de l'Occident technologique.Dans une sorte de remake de la folle nuit qui a suivi la finale de la Coupe du monde de foot, des drapeaux algériens ont côtoyé des étendards marocains, tunisiens mais aussi français. Sur les gradins, on a aperçu des personnalités aussi diverses que Patrick Bruel, Sting, Jane Birkin, Jean-Paul Gaultier, Michel Field, Arthur, Maxime Le Forestier, Djamel Bourras, Cheb Mami, ou Zazie. Chacun a senti confusément qu'il était là pour signifier, à la faveur de la chaleur d'un concert, l'irruption d'une nouvelle culture, celle des enfants de la Méditerranée. D'où l'idée de monter un phénoménal big band de musiciens algériens, américains, britanniques, égyptiens, français, marocains, tunisiens... Soit un orchestre à cordes du type de celui qui accompagnait Oum Kalsoum, plus une section de cuivres à l'américaine, quelques derboukas et autres ouds, sans oublier la section rythmique de David Bowie !
En tout, quatre-vingts instrumentistes, cent cinquante techniciens et un investissement de six millions de francs ! "Un, Deux, Trois Soleils", clin d'¿il à un film de Bertrand Blier dont Khaled composa la musique, pouvait démarrer...et une douce transe saisir la France, le pays de NOTRE enfance.
Le double album du concert événement sortira dans la foulée juste avant les fêtes.
6. Made in Medina (00-01)
Un an plus tard, Rachid Taha publie Made in Medina, son 5ème album studio. Et, comme on ne change pas une équipe qui gagne, il est toujours entouré de Steve "Gong" Hillage pour la prod, du génie des percus Hossam Ramzy qui le suit depuis Diwan, du violoniste prodige Mahmoud Serour, sans oublier Hakim Hamadouche qui l'accompagne depuis des années au mandolute et aux backing vocals. Steve a aussi enrôlé Geoff Richardson, violoniste du mythique groupe des 70's Caravan. Enregistré entre Paris, Londres et la Nouvelle Orleans, c'est un voyage initiatique au pays de Rachid. Un pays imaginaire voué au rythme et à l'émotion où se percutent rock, chaabi, funk, transe vaudou et tant de good vibes électroniques.
Ces paysages sonores où les BPMs embaument le miel et la fleur d'oranger incarnent tout le tumulte extatique d'une "Medina" virtuelle made in Taha. Dés l'intro de "Barra barra" qui ouvre l'album, le dialogue s'établit. Le oud oriental et la guitare électrique communiquent parmi les flûtes et les tambourins dans la clameur d'un implacable groove futuriste.
Féroces et rageuses guitares en avant avec "Foqt foqt" ou guitares acoustiques et derboukas lorsque l'Afrique rencontre l'Afrique dans son duo avec Femi Kuti "Ala jalkoum", Rachid invente sans cesse de nouvelles nuances soniques.
Pour l'écriture, il sait aussi parfaitement être bilingue, se jouant de la musicalité de l'arabe et du français avec la trépidante "En retard" dans une transe de percus et de tambourins.De même l'élégance des violons classiques égyptiens sert de toile de fond aux couleurs un peu délavées de ces films d'amour des 60's, à la romance franco-orientale "Chérie Chérie".
Tous ces rythmes assassins n'ont qu'un seul mobile : transmettre le démon de la transe ! Et si l'on pouvait encore en douter, il suffit de se laisser porter par la puissante ivresse arabo-andalouse de "Medina" qui offre son titre à l'album.
"Made In Medina" s'achève sur l'incroyable "Garab", une jam tribale qui monte en puissance, une halu sonore où les guitares assourdissantes du rock vont percuter en crash collision les youyous ancestraux et les incantations. Primitifs et futuristes pulsent au même rythme, il n'y a pas d'avenir sans passé et dans la Medina de Rachid Taha chacun est libre et égal en droit... de tous ses mouvements.
7. Septembre 2004 : Tekitoi ?, nouvel album
Tekitoi ? signe un retour très rock de la part du plus libre des chanteurs arabes en France.
18 ans (déjà !) après la pertinente reprise de "Douce France" par Carte de Séjour, Rachid Taha dénonce sans concessions une société où l'oppression, l'exclusion sont désormais quotidiennes pour les plus démunis...La poésie, l'humour, le mélange des genres (rock, musiques traditionnelles arabes, électro) sont toujours présents dans sa musique, mais d'une façon plus directe. Avec un album à la fois brut - parfois presque tribal - et suave, Steve Hillage, fidèle metteur en sons de Rachid, réussit encore le pari de nous surprendre. L'ensemble est totalement hypnotique.
On remarque notamment le titre Tekitoi ?, premier extrait de l'album, un duo avec Christian Olivier (chanteur et auteur au sein des Têtes Raides), véritable ovni en forme de ping pong militant sur la nécessité de se parler pour se comprendre. Egalement, une reprise - tout aussi frondeuse que l'original - du "Rock the Casbah" des Clash.
