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RAISSA
Voici Raissa, une force musicale indépendante aux yeux clairs et à la langue bien déliée. Une chanteuse qui dit que sa voix est comme une aventure et que la musique dans sa tête ressemble à la météo maritime. C'est de la pop mais pas celle dont on a l'habitude. Sa voix est hypnotique et elle écrit des chansons qui restent tout de suite dans la tête mais en plus, elle vous donne l'impression d'avoir fait naufrage avec elle. Ajoutez à ça un style sur scène qu'elle décrit comme "de la musique pour sourds" pour comprendre ce qui lui vaut déjà des fans. (Brett de Suède a expressément demander à ce qu'elle soutienne son groupe et Massive Attack ont proposé de faire des remixs.)
Il suffit d'écouter une fois son album "Believer" pour comprendre pourquoi.
Raissa a l'audace d'être éclectique. Elle fait faire des tours et des détours à sa musique depuis les atmosphères saturées de cordes de "Step On Up" jusqu' à "Walk Right Through", le genre de pop qui fait chanter tout le monde, de "Strange World " et ses rimes de comptines du bout du monde à l'intensité dramatique exaltante de "How Long Do I Get". Ses textes sont tordus mais accessibles, sa musique palpable, inhabituelle avec des mélodies instantanées et inoubliables. Ses deux collaborateurs (Dan Birch et Paul Sandrone) ajoutent à tout ça des rythmes hip-hop inconnus et des riffs de guitare à l' italienne : ici pas de mentalité insulaire à l' anglaise. Des références ? On peut citer Bjork, The Cocteau Twins, Portishead, Joni Mitchell, la BO de Paris, Texas.
Raissa quant à elle, parle de Prince et Bowie comme de héros "de vrais excentriques" - et répète avec insistance qu'actuellement elle n'écoute que Spacer qui fait dans l'expérimental étrange, et Soul Coughing, qui sévissent depuis la lointaine New York : "En Angleterre, c'est plus facile de s'en sortir avec juste une dégaine et un truc à dire, mais aux Etats-Unis, si tu sais pas jouer, c'est même pas la peine d'essayer" dit-elle en vraie musicienne.
En fait, Raissa Khan Panni a complètement dédaigné la musique pop durant toute son adolescence, préférant Beethoven et les sons dans sa tête à elle : "Pour moi la pop était une incarnation du Mal qui te bouffait le cerveau, et dans les années 80, c'était un peu vrai" dit-elle en riant. Elle a grandi dans le South London des années 70 : son point de vue résolument international vient de ses origines mélangées : "Ma mère est anglaise et mon père est, disons, étranger. Un peu chinois, un peu afghan, mexicain, roumain et ça ne s'arrête probablement pas là mais on ne sait plus." Ses parents n'hésitaient pas à lui faire manquer l'école ainsi qu'à son frère pour les emmener en voyage : à douze ans, elle avait traversé l'Inde à pied et six ans plus tard elle avait fini d'explorer l'Europe et l'Amérique.
Dés 13 ans, Raissa se lance dans le spectacle de rue avec son hautbois à Covent Garden : "Jouer dans la rue résout beaucoup de problèmes : où aller, comment gagner de l'argent". A la fin de sa scolarité, elle combine la musique et les voyages pour visiter la France et l'Europe de l'Est, et se retrouve tête d'affiche dans un festival à Budapest à 18 ans. "Ce voyage m'a rafraîchi la mémoire, explique-t-elle, les gens d'Europe de l'Est (les exilés russes) ont toujours plus ou moins fait partie de mon environnement."
Raissa s'inspire de cela pour enrichir l'imaginaire de son album : et son expérience sur le continent imprègne sa musique qui est bien trop spéciale et pleine de fougue pour n'être que British. Mais de tels voyages s'accompagnent également d'un sentiment d'isolement : "Je n'étais pas du tout intégrée à l'école. J'étais toujours toute seule, et cela aussi, s'entend, ou peut-être se ressent dans l'album." Après l'école et les aventures derrière le Rideau de Fer, Raissa décide de s'investir plus sérieusement dans la musique. Son travail avec un joueur de clavier lui vaut quelques propositions de contrats mais elle s'en tient à son idée d' aller étudier la Musique Théorique à l'université de Bristol. Elle finit par devenir si obsédée par l'avant-garde classique que ses professeurs se retrouvent à la traîne. "Ils m'ont dit que j'en savais plus qu'eux. " Un autre pan de son éducation se fait au contact de l' effervescente scène musicale locale où elle rencontre Paul au cours d'une soirée et le poursuit de ses assiduités pour qu'il travaille avec elle. Le petit génie de l'informatique Dan débarque peu de temps après. De son tournant bristolien dans l'étude de la musique, Raissa dit : " On ne peut pas improviser et atteindre l' émotion si on n'a pas acquis assez de confiance en soi, d'expérience et de connaissance. " Maintenant, Dan, Paul et elle, peuvent créer la perfection torturée de "Strange World" en sept minutes à la première prise. Quatre ans à Bristol et Raissa a la bougeotte : elle a les chansons alors elle met le cap sur Londres où elle décroche un contrat. Son premier album ("Meantime" en 1995) attira sur elle l'attention des critiques et lui valut la proposition de Suede. Aujourd'hui "Believer", un pas de géant en avant, fait la preuve de sa maturité vocale et d'un talent de compositrice qui ne se manifeste que lorsque les musiciens sont en parfait accord. " Paul, Dan et moi, on n'a pas de contact verbal dit-elle en riant, on ne se parle qu'à travers la musique. " Et puis il y avait un autre facteur : Raissa venait juste d'avoir son bébé Finn et il fallait donc absolument que le travail en studio soit rapide et efficace. Finn s'est d'ailleurs réveillé au beau milieu de l'enregistrement de "Strange World" et si on tend l'oreille, on réussit à l'entendre pleurer.
" Je me suis lancée dans la musique parce que j'avais de grands idéaux, je cherchais la théorie qui unifierait tout et la musique touche tout le monde, qui que ce soit et d'où qu'il vienne. " De grands idéaux. De grands projets. Uri grand talent. Ne vous contentez pas des saintes nitouches et de leur univers à l'eau de rose. Laissez vous tenter par une femme avec une véritable ambition de voyager.
